En attendant le port en eau profonde
Le vieux rêve se concrétise : la cité balnéaire magnifiée pour ses attraits touristiques, sera bientôt un pôle économique d’importance.
Voir la mer, y mettre les pieds et partir avec du poisson. Formidable cadeau qui a fait découvrir les vertus et les richesses de cette cité balnéaire qui ont permis au Cameroun de réussir, avec d’autres sites, son entrée sur le marché touristique mondial. Il faut encore des efforts pour voir Kribi franchir la grande porte. Encore des hôtels de prestige, des efforts dans l’accueil, la sécurité, l’énergie électrique en permanence, la multiplication des points d’attraction. Le touriste, friand de ce genre de commodités, reviendra toujours. Convaincu d’avoir noué un amour solide avec un coin de terre gâtée par la nature.
Pendant que l’on vante encore cette destination de rêve, avec ses plages qui ignorent la pollution, ses populations hospitalières, une énorme surprise arrive pour la valoriser : grâce à la détermination des pouvoirs publics, Kribi aura bientôt son port en eau profonde. Ce n’est pas tout : dans les environs, plus précisément à Bipaga, dans la Lokoundjé, une centrale à gaz, se dressera, sous peu. Revenons au port : ce complexe portuaire n’aura pas d’inconvénients de profondeurs. Avec ses terminaux conteneurs, aluminium, hydrocarbures, dérivées du fer, il accueillera des navires de 250 000 tonnes avec 22 mètres de tirants. Un chemin de fer est annoncé.
Les sites de Lolabé et de Mboro vibrent déjà au rythme de cette donne et enregistrent des litiges fonciers et des mesures de sécurisation juridique. Sutout que le projet se situera dans le voisinage des chutes de la Lobé, éligibles au statut de patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit de préserver aussi le côté touristique de l’autre pont sur la Kienké, cette rivière qui se jette dans la mer en plein centre urbain. Vous avez dit urbanisation ordonnée ? La guerre a commencé avec la destruction, en mars dernier, du fameux débarcadère aux poissons aromatisés de Nziou. Une infrastructure qui, dit-on, violait le domaine public maritime.
Pour qui a vu évoluer Kribi, la surprise est presque totale. La ville s’est métamorphosée avec la disparition des campements des pêcheurs qui longeaient les plages et la poussée des joyaux architecturaux et des hôtels luxueux. Cette urbanisation choisie n’a nullement fait disparaître les vestiges du Kribi allemand, la résidence du préfet qu’occupait le haut commissaire. , Construite vers 1904, la cathédrale Saint Joseph, œuvre des Pères Pallotins, sous la conduite de Mgr Henri Vieter. Une forte équipe d’évangélisation précédée en 1891, par les missions Baptiste et Presbytérienne. Les cimetières, le phare, véritable boussole des navires, sont autant de vestiges valant un détour. De même que les marques laissées par l’administration coloniale française, qui avait occupé la ville après la deuxième guerre mondiale.
Chef-lieu du département de l’Océan qui compte aujourd’hui neuf unités administratives (Akom II, Bipindi, Campo, Kribi 1er, Kribi 2e, Lolodorf, Mvengué, Nyèté, Lokoundjé), Kribi est d’accès facile avec son relief plat. Le climat de cette zone est propice à l’agriculture, à la pêche et à l’élevage. Mais le visiteur constate d’emblée l’absence d’exploitations agricoles. Certaines sources justifient ce manque d’engouement pour le travail de la terre par deux choses : l’inexistence de vastes unités forestières ouvertes à la coupe, et la paresse des autochtones (Batanga et Mabea). Par tradition, ces peuples préfèrent la pagaie à la machette. Ils restent, de ce fait, d’excellents pêcheurs,qui bravent les intempéries et les lois de l’Océan atlantique. En posant leurs sacs à terre, après plusieurs jours en haute mer, ces pêcheurs assurent le ravitaillement des marchés, dont ceux de Dombè et de Londji. Des acheteurs venant de Yaoundé et Douala avec leurs glacières y trouvent leur compte. Ainsi, la pêche est la principale occupation et source de revenus à ceux-là qui ont reçu gratuitement la mer et des rangées de cocotiers. L’élevage, de son côté, ne va pas fort : l’activité reste rudimentaire et se limite à quelques fermes et étangs.
Solutions définitives
Combien d’habitants compte aujourd’hui Kribi ? Difficile de répondre à cette question, depuis son éclatement en avril 2007. La cité a été divisée en trois arrondissements distincts : Kribi Ier, Kribi IIe et Lokoundjé. Grâce aux taxis et aux nombreuses motos, les déplacements y sont facilités. Et l’on peut se loger et se restaurer facilement. Même si l’on déplore d’incessantes coupures de courant qui plongent les hôtels dans le noir et entravent la conservation des poissons frais.
Tout en cherchant des solutions définitives à cet épineux problème énergétique, l’Etat déploie les moyens financiers et humains pour garantir l’encadrement des enfants dans les nombreux établissements scolaires et assurer la santé des populations. A travers un hôpital et un réseau de dispensaires. Ces formations sanitaires font face, en ce moment, à quelques maladies récurrentes. Comme le paludisme, les parasitoses intestinales, la grippe, les infections respiratoires, les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA. Comme la préservation de la santé passe par l’hygiène et la salubrité, une journée de propreté opérationnelle a été instituée par l’autorité administrative. Il s’agit du jeudi, consacré à la toilette des concessions et des bureaux. Une opération qu’appuie, quotidiennement, la société HYSACAM, chargée du ramassage et de la collecte des ordures ménagères.
« La ville de Kribi est promise à un bel avenir. Et il faut que les mentalités s’arriment à cette donne, à ce dynamisme ». Le Préfet Jean-François VILON qui le dit de manière éclairée : il sait que les blessures laissées par des consultations électorales et le conservatisme des peuples côtiers limitent le dialogue dans cette ville cosmopolite où Batanga, Mabi, Fang, Boulou, Bamiléké, Bassa, Bakoko, Ewondo, Ngoumba et les autres (Africains et occidentaux) se côtoient. A côté d’eux, il y a ces chercheurs d’emploi qui attendent beaucoup des projets annoncés.
N’empêche : station balnéaire importante et fière de ses atouts, Kribi se frotte déjà les mains. En attendant de devenir un pool économique d’importance.
Publié le 30 May 2009